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Le centre commercial évolue dans sa logique d’usage.

Stratégie retail·Juin 2026

Le centre commercial n'est pas mort.
Il n'a simplement jamais su ce qu'il valait vraiment.

Chaque semaine en France, 7 millions de personnes poussent les portes d'un centre commercial. Un chiffre que n'importe quelle chaîne de télévision ou plateforme de streaming paierait une fortune pour atteindre. Et pourtant, cet audience reste largement sous-exploitée, mal mesurée, et rarement monétisée à sa juste valeur.

7M visiteurs/jour dans les centres commerciaux français

+0,6% de fréquentation en 2025 — quand les centres-villes perdent 2,9%

88 Md$ marché mondial du LBE en 2034 — contre 5,5 Md$ aujourd'hui

La scène que tout directeur de centre commercial connaît

Il est 14h un samedi d'octobre. Le parking est plein. L'allée centrale est animée — des familles, des ados, des seniors qui prennent un café en regardant passer les gens. Un pop-up s'est installé sur la place centrale depuis trois jours : une marque de cosmétiques, un beau stand, des animatrices professionnelles.

À 18h, le stand est démonté. La marque repart avec quelques centaines de bons de réduction distribués et une intuition : "ça s'est bien passé". Le centre, lui, n'a rien de plus qu'une convention signée et un chèque de location d'espace.

Combien de personnes ont vu le stand ? Combien se sont arrêtées ? Combien sont entrées dans Sephora dans la foulée ? Combien ont partagé une photo sur Instagram ? Personne ne le sait vraiment. Et c'est là que tout se joue.

"

Un stade de 80 000 personnes vendrait ses panneaux publicitaires à prix d'or.

U

n centre commercial de 40 000 visiteurs hebdomadaires les cède parfois pour un café et une poignée de main."

C

e que le centre commercial a en commun avec TF1 — et en mieux

Un média, dans sa définition la plus simple, c'est un espace qui met en relation une audience et un message. TF1 facture à la seconde. Instagram facture à l'impression. Google facture au clic. Tous vendent la même chose : de l'attention humaine, mesurée, qualifiée, packagée.

Le centre commercial fait exactement la même chose — mais dans un espace physique, avec des personnes en mode découverte active, souvent avec des enfants, souvent avec l'intention d'acheter. L'attention n'est pas passive comme devant un écran. Elle est incarnée, mobile, multi-sensorielle. Elle est, de l'aveu même des marques qui y activent, qualitativement supérieure à l'écran.

La différence fondamentale ? TF1 sait exactement combien de personnes regardent chaque seconde. Le centre commercial, encore trop souvent, ne sait pas combien de personnes sont passées devant son installation entre 14h et 15h un mercredi pluvieux de novembre.

Réalité terrain

Dans les centres les plus avancés — Westfield, Klépierre, Unibail — les outils de comptage intelligents existent déjà. Des capteurs infrarouges au plafond, des caméras d'analyse de flux, des bornes interactives qui collectent de la data en échange d'un bon de réduction. Ces outils ne sont pas de la science-fiction. Ils tournent aujourd'hui à Vélizy 2, à La Part-Dieu, à Beaugrenelle.

Ce qui manque, ce n'est pas la technologie. C'est la culture de la mesure — et une façon de la mettre en récit auprès des marques partenaires.

Le tournant LBE : quand le divertissement devient le produit

La grande transformation du centre commercial des années 2020, ce n'est pas le click & collect. Ce n'est pas les drives. C'est l'irruption du loisir comme mission principale. Les enseignes ferment, les expériences s'installent. Et les chiffres sont sans appel : 42% des consommateurs souhaitent trouver un parc de loisirs dans leur centre commercial. 78% attendent des événements culturels, du bien-être, de la réalité augmentée.

Ce mouvement a un nom : le Location-Based Entertainment, ou LBE. Et il est en train de redessiner l'anatomie même du mall. Là où une enseigne textile occupait 1 200 m², une escape room prend la moitié de la surface et génère deux fois plus de dwell time. Là où une galerie alimentaire standardisée créait un passage neutre, un pop-up immersif crée un arrêt, une photo, un partage, une raison de revenir.

Le marché mondial du LBE passera de 5,5 milliards de dollars en 2025 à 88 milliards en 2034. Un taux de croissance annuel de 26% dans un secteur du retail globalement sous pression. Ce n'est pas une tendance de niche. C'est un changement de paradigme.

Ce que ça signifie concrètement

Quand Futuroscope installe trois attractions VR dans des centres Klépierre, le résultat est immédiat et documenté : 1 640 visiteurs par jour à Baulieu pour une installation qui n'existe que depuis quelques semaines. Ce n'est pas un gadget. C'est une nouvelle ligne de revenus, un nouvel argument de communication, un nouveau driver de fréquentation.

Quand Samsung ouvre un Galaxy Experience au sein du Westfield Les 4 Temps, ce n'est pas de la publicité. C'est un point de contact physique, mesurable, avec une cible précise. Chaque test de téléphone est un lead qualifié. Chaque minute passée dans l'espace est un indicateur d'engagement que n'offre aucun banner display.

"

L'expérience n'est plus un supplément d'âme.

C

'est le produit lui-même."

L

es cinq KPI que tout directeur marketing de centre commercial devrait connaître par cœur

Mesurer un centre commercial comme un média, c'est sortir du seul chiffre de fréquentation brute — le fameux "nombre d'entrées" — pour aller vers une grille d'indicateurs plus fine. En voici cinq qui, ensemble, donnent une image réelle de la santé d'un centre et de la valeur qu'il peut vendre à ses partenaires.

Le dwell time — le temps moyen passé dans le centre — est probablement le plus précieux et le plus sous-utilisé. Une animation qui fait passer le dwell time de 45 à 70 minutes ne génère pas seulement 25 minutes de présence supplémentaire. Elle génère deux cafés de plus, un détour par une enseigne, une probabilité d'achat impulsif multipliée.

Le taux de transformation — ratio entre visiteurs et acheteurs, permet de mesurer l'efficacité commerciale réelle du centre et de chaque activation. Une marque qui veut comparer l'impact d'un pop-up en galerie vs une campagne digitale drive-to-store a besoin de ce chiffre.

Les sweet spots — zones de plus forte densité de passage — sont l'équivalent des prime time pour la télévision. Savoir qu'entre 11h et 13h le samedi, la place centrale concentre 40% du flux total, c'est une donnée que vous pouvez vendre. Ou utiliser pour positionner l'activation qui mérite la meilleure exposition.

Les retombées digitales — UGC, mentions Instagram, partages — mesurent l'extension de l'expérience physique au-delà du centre. Une activation bien conçue continue de vivre en ligne des jours après sa clôture. Ce reach additionnel, qui était invisible il y a dix ans, est aujourd'hui mesurable et valorisable.

Le taux d'attractivité — rapport entre le trafic qui passe devant une boutique et celui qui y entre — permet d'évaluer la pertinence d'une implantation, de comprendre pourquoi un locataire sous-performe, et d'argumenter une réorganisation de galerie avec des données plutôt qu'avec des intuitions.

Ce que disent les directeurs de centre

Dans les conversations de fond avec des directeurs marketing de grands centres régionaux, un même constat revient : la donnée existe souvent en silo. Le gestionnaire du parking a ses comptages. Le prestataire de sécurité a ses caméras. Le directeur a ses entrées. Mais personne ne recoupe tout pour produire une image unifiée de ce qui se passe vraiment dans le centre à chaque instant.

Le défi n'est pas technologique. Il est organisationnel. Et il est solvable.

Le retail media, ou comment transformer votre audience en ligne budgétaire

Le concept de retail media, vendre à des marques des espaces publicitaires au plus près du moment d'achat, n'est pas nouveau en grande distribution. Carrefour, Leclerc, Amazon le pratiquent depuis des années sur leurs plateformes digitales. Ce qui est nouveau, c'est son extension au physique.

Un centre commercial qui documente son audience, profils sociodémographiques, comportements de visite, pics de fréquentation, zones de flux, peut proposer aux marques quelque chose qu'aucun réseau social ne peut offrir : une présence au moment précis où le consommateur est en mouvement, disponible, et prêt à interagir.

Les écrans LED en galerie ne sont pas de la décoration. Ils sont des emplacements publicitaires premium. Les bornes interactives ne sont pas des gadgets. Elles sont des points de collecte de data. Les pop-ups expérientiels ne sont pas des opérations événementielles ponctuelles. Ils sont des formats d'activation mesurables avec un ROI documentable.

La maturité du marché sur ce sujet est encore inégale en France. Certains groupes, Unibail-Rodamco, Carmila, Frey, ont structuré leur offre retail media. D'autres centres, plus petits, plus indépendants, n'ont pas encore ce vocabulaire. Mais la demande des marques, elle, est là. Et elle va croître.

2030 : ce que sera le centre commercial, ou ce qu'il ne sera plus

La projection est simple, presque brutale. D'ici 2030, les centres commerciaux qui auront survécu seront ceux qui auront fait trois choses : devenir des destinations d'expérience, intégrer le digital dans leur architecture de services, et apprendre à parler le langage de la donnée.

Les autres, ceux qui restent des alignements de boutiques standardisées sans âme ni identité continueront de perdre du trafic face au commerce en ligne, face aux centres plus innovants, face aux nouveaux usages. Ce n'est pas une prophétie. C'est déjà en train de se passer.

La bonne nouvelle, c'est que le chemin est connu. Les outils existent. Les cas d'usage sont documentés. Il ne manque souvent qu'une chose : la volonté de traiter le centre commercial pour ce qu'il est vraiment, un média premium, à audience captive, à fort potentiel d'activation. Un espace qui mérite d'être pensé, mesuré, et exploité avec le même sérieux qu'une chaîne de télévision ou une plateforme de streaming.

L'expérience compte. Et elle commence par décider qu'elle compte.

Retail mediaExpérience clientLBECentre commercialAnimationData & KPIPhygital

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